
Référence / Cas n° 29 / Santé et pharmacie
Sanofi : l'immunité n'est pas une catégorie scientifique dans la tête des gens, c'est une théorie du corps
Le projet a porté sur le décodage des croyances culturelles, des comportements de consommation et des écosystèmes concurrentiels autour de l'immunité en Asie du Sud-Est et en Amérique du Sud, avec pour objectif d'identifier des opportunités de croissance et d'innovation.
- Client
- Sanofi
- Industrie
- Santé & pharmacie
- Expertise
- Insight culturel · Insight consommateur · Cartographie des opportunités
- Sujet
- L'immunité : croyances, comportements et écosystèmes concurrentiels
- Marchés étudiés
- Asie du Sud-Est · Amérique du Sud
- Géographie
- Asie · Amériques
- Nature de la mission
- Décodage culturel et identification d'opportunités de croissance et d'innovation
- Consultante
- Aurélie Plessier
- Cas n°
- 29
- RÉALISÉ CHEZ
- Brainvalue
Contexte
Sanofi : l'immunité n'est pas une catégorie scientifique dans la tête des gens, c'est une théorie du corps
Le mot « immunité » est le premier problème du sujet. Dans le langage médical, il désigne un ensemble de mécanismes biologiques précis. Dans l'esprit des gens, il désigne autre chose : une force générale, une réserve qui se remplit et se vide, une résistance qui dépend de ce qu'on mange, de la fatigue, du froid, de l'équilibre du corps. Ces deux définitions coexistent sans se rencontrer.
Tant que l'on n'a pas établi ce que les gens croient que l'immunité est, on ne peut pas cartographier des opportunités : on cartographie une catégorie qui n'existe que pour l'entreprise. Ce cas décrit ce travail de décodage préalable et ce qu'il change. Les opportunités identifiées, les conclusions et les données propriétaires du client ne sont pas communiquées.
Un sujet devenu central et mal défini: L'immunité s'est imposée comme l'un des principaux territoires de la santé grand public, et son importance s'est accrue après la période pandémique. C'est aussi l'un des sujets les moins stabilisés : il recouvre à la fois une réalité biologique, une préoccupation quotidienne et un ensemble de pratiques héritées.
Les études de marché convergent sur un point : les consommateurs asiatiques et latino-américains figurent parmi ceux qui recherchent le plus activement des aliments et boissons soutenant l'immunité, et qui valorisent le plus les ingrédients fonctionnels.
Un écosystème concurrentiel qui n'est pas celui qu'on croit: Le point le plus déterminant tient à la nature de la concurrence. Au Vietnam, les produits à base de plantes représenteraient plus de 70 % du marché des compléments de santé, ce qui traduit une préférence culturelle marquée pour les remèdes traditionnels par rapport aux produits pharmaceutiques modernes.
Les raisons avancées sont explicites : les produits d'origine végétale sont perçus comme plus sûrs et associés à moins d'effets indésirables que les formulations synthétiques. Le ginseng y est particulièrement populaire, et cette préférence s'appuie sur une longue tradition d'usage des plantes dans la gestion quotidienne de la santé, renforcée depuis la pandémie. Le curcuma, le gingembre et d'autres plantes progressent dans plusieurs marchés, avec une intégration croissante de la médecine traditionnelle dans les formulations modernes.
Une théorie profane du corps: Les gens ne pensent pas leur santé en termes de mécanismes. Ils la pensent en termes de forces, d'équilibres et de réserves. L'immunité, dans cette logique, ressemble à un capital qui se dépense et se reconstitue : la fatigue le vide, le froid l'attaque, certaines nourritures le rechargent, certains excès l'épuisent.
Cette théorie profane n'est pas une erreur à corriger : c'est la grammaire dans laquelle les décisions sont prises. Une marque qui parle une autre langue peut être scientifiquement irréprochable et rester inaudible.
Ce que cela change pour l'identification d'opportunités: L'enjeu stratégique probable était donc double : établir ce que l'immunité signifie réellement dans chaque contexte, puis en déduire un périmètre concurrentiel qui corresponde à la réalité des arbitrages plutôt qu'à la nomenclature de l'industrie.
Une opportunité identifiée sur la base d'une catégorie administrative — les compléments, les produits pharmaceutiques sans ordonnance — décrit un rayon, pas un besoin. Une opportunité identifiée sur la base d'un besoin décrit une demande que plusieurs types d'offres se disputent, y compris des offres qui ne figurent dans aucune étude sectorielle.
Deux régions, pas un modèle: L'Asie du Sud-Est et l'Amérique du Sud partagent un attachement fort aux remèdes traditionnels, mais les systèmes de croyance qui les sous-tendent diffèrent profondément — traditions médicales, rapport au chaud et au froid, place de la famille dans la décision, statut du pharmacien. La ressemblance de surface est un piège classique : elle incite à produire une lecture commune qui ne décrit ni l'une ni l'autre.
Le travail a été cadré autour de questions de ce type :
Sur ces marchés, le concurrent d'un produit d'immunité n'est pas un autre laboratoire. C'est une racine, une soupe, un thé et un conseil de grand-mère.

Défi stratégique
Les questions qui ont structuré le travail
Notre approche
De l'analyse à des décisions praticables
Décoder le mot avant d'étudier la catégorie
Comprendre ce que recouvre l'immunité dans la langue et les représentations locales. Sans cette étape, toute mesure porte sur une catégorie qui n'existe que dans les nomenclatures.
Reconstituer la théorie profane du corps
Identifier la logique implicite qui relie fatigue, alimentation, climat, équilibre et résistance. C'est cette logique qui explique les comportements, pas les connaissances médicales.
Redéfinir le périmètre concurrentiel par le besoin
Recenser tout ce qui se dispute le même besoin, y compris les remèdes traditionnels, les aliments et les pratiques domestiques. Un périmètre défini par la réglementation décrit une industrie, pas un marché.
Cartographier les opportunités sur la carte des croyances
Positionner l'offre existante — moderne et traditionnelle — sur la carte des représentations locales pour faire apparaître les besoins mal servis.
Séparer le commun du local avant de conclure
Distinguer ce qui se retrouve dans les deux régions de ce qui reste strictement national. La ressemblance de surface entre marchés attachés aux remèdes traditionnels est un piège fréquent.
Recherche et travail mené
Ce que la mission a couvert
- La première question est celle que les études quantitatives ne peuvent pas poser. Elle suppose d'écouter avant de mesurer, faute de quoi on mesure des réponses à un vocabulaire que les gens n'emploient pas.
- L'approche appliquée repose sur un principe : on établit d'abord ce que le sujet signifie localement, ensuite seulement ce que le marché contient.
- L'écart entre vocabulaire médical et vocabulaire vécu: Les termes employés par l'industrie ne sont pas ceux employés par les gens. Interroger avec le vocabulaire de la catégorie produit des réponses conformes et sans valeur explicative.
- La tentation de corriger les croyances: Une organisation scientifique a un réflexe naturel : rectifier ce qui est inexact. Sur ce sujet, ce réflexe empêche de comprendre. Décrire une croyance n'est pas la valider ; c'est reconnaître qu'elle oriente des décisions réelles.
- Un périmètre concurrentiel invisible dans les données: Les remèdes domestiques, les préparations familiales et les aliments consommés à visée de santé n'apparaissent dans aucune étude de parts de marché. Ils constituent pourtant une part importante de la concurrence réelle.
- La fausse ressemblance entre régions: Asie du Sud-Est et Amérique du Sud partagent un attachement aux remèdes traditionnels, mais leurs systèmes de croyance diffèrent. Produire une synthèse trop tôt efface ce qui a de la valeur.
- L'encadrement des allégations de santé: Ce qui peut être affirmé sur un produit lié à l'immunité est strictement encadré, et varie selon les pays. Une opportunité réelle peut se révéler impossible à formuler légalement.
- L'hétérogénéité interne des marchés: Villes et zones rurales, générations, niveaux de revenu et systèmes de santé varient fortement à l'intérieur de chaque pays. Une lecture nationale unique produit une moyenne qui ne décrit personne.
Valeur business
Une lecture qui facilite les arbitrages

Une innovation qui répond à la demande réelle
Concevoir à partir de ce que les gens croient plutôt que de ce que la catégorie contient évite la situation la plus fréquente en santé grand public : un produit techniquement supérieur qui ne rencontre pas son besoin.
Un périmètre concurrentiel juste
Intégrer les remèdes traditionnels et les pratiques domestiques dans l'analyse évite de surestimer sa position en ne comptant que les concurrents visibles dans les données.
Une expression qui devient audible
Parler la langue dans laquelle les décisions sont prises augmente la portée d'un message sans rien changer au produit.
Une allocation régionale plus fine
Séparer ce qui est commun de ce qui est local évite d'industrialiser à l'échelle de deux régions une réponse pertinente dans une seule.
Livrables
Des objets utilisables au-delà de la mission
- Un décodage de ce que recouvre l'immunité dans les représentations locales, région par région.
- Une reconstitution de la logique implicite reliant fatigue, alimentation, climat et résistance.
- Une cartographie de l'écosystème concurrentiel réel, incluant les offres non pharmaceutiques.
- Une identification des moments déclencheurs de préoccupation immunitaire.
- Une lecture des sources de conseil effectivement mobilisées.
- Une cartographie des opportunités positionnée sur la carte des croyances plutôt que sur celle des catégories.
- Une distinction explicite entre observations transrégionales et spécificités locales.
Enseignements clés
Ce que ce cas rend visible
- L'immunité n'est pas une catégorie scientifique dans l'esprit des gens, c'est une théorie du corps faite de forces, de réserves et d'équilibres.
- Une théorie profane n'est pas une erreur à corriger : c'est la langue dans laquelle les décisions sont prises.
- Le concurrent d'un produit d'immunité n'est souvent pas un autre laboratoire, mais un aliment, une plante ou une pratique domestique.
- Un périmètre concurrentiel défini par la réglementation décrit une industrie ; un périmètre défini par le besoin décrit un marché.
- Interroger avec le vocabulaire de la catégorie produit des réponses conformes et sans valeur explicative.
- Deux régions attachées aux remèdes traditionnels peuvent avoir des systèmes de croyance opposés. La ressemblance de surface est un piège.
FAQ
Questions fréquentes
Que signifie l'immunité pour les consommateurs selon les cultures ?
Rarement ce qu'elle signifie en biologie. Dans la plupart des représentations quotidiennes, l'immunité fonctionne comme une force générale ou une réserve : elle se vide avec la fatigue, s'attaque avec le froid, se recharge avec certaines nourritures et s'épuise avec les excès. Cette logique varie selon les traditions médicales locales — rapport au chaud et au froid, place des plantes, rôle de l'alimentation quotidienne — et elle détermine les comportements bien davantage que les connaissances médicales. Une marque qui s'exprime dans le vocabulaire biologique peut être irréprochable et rester inaudible.
Comment décoder les croyances culturelles autour de la santé ?
En écoutant avant de mesurer, et en renonçant provisoirement au vocabulaire de la catégorie. Interroger des personnes avec les mots de l'industrie produit des réponses conformes et sans valeur explicative. Le travail consiste à recueillir la manière dont les gens décrivent spontanément leur corps, ce qui l'affaiblit et ce qui le renforce, puis à reconstituer la logique implicite qui relie ces éléments. Cette logique n'a pas à être exacte pour être stratégiquement décisive : elle est le cadre dans lequel les arbitrages sont faits.
Comment définir le périmètre concurrentiel réel d'un produit de santé ?
En partant du besoin plutôt que de la catégorie réglementaire. Un périmètre défini par la nomenclature — médicaments sans ordonnance, compléments alimentaires — décrit une industrie et un rayon. Un périmètre défini par le besoin recense tout ce qui se dispute la même préoccupation : remèdes traditionnels, aliments consommés à visée de santé, préparations domestiques, conseils familiaux. Sur plusieurs marchés d'Asie du Sud-Est et d'Amérique du Sud, cette concurrence non pharmaceutique est majoritaire, et elle n'apparaît dans aucune étude de parts de marché.
Pourquoi la médecine traditionnelle concurrence-t-elle les produits pharmaceutiques ?
Parce qu'elle répond à la même préoccupation avec une légitimité différente. Au Vietnam, les produits à base de plantes représenteraient plus de 70 % du marché des compléments de santé. Les raisons avancées sont une perception de plus grande sécurité et de moindres effets indésirables par rapport aux formulations synthétiques, ainsi qu'une longue tradition d'usage des plantes dans la gestion quotidienne de la santé, renforcée depuis la pandémie. Ce n'est donc pas une concurrence par le prix mais par la confiance, ce qui appelle une réponse très différente.
Comment identifier des opportunités de croissance en santé grand public ?
En cartographiant l'offre existante sur la carte des croyances locales plutôt que sur celle des catégories de produits. Les opportunités apparaissent là où une préoccupation identifiable — un moment de fatigue, un changement de saison, une période d'examens, une reprise d'activité — rencontre une offre absente, mal adaptée ou peu crédible aux yeux du public. La validation suppose ensuite trois vérifications : la réalité de la préoccupation, la crédibilité de la marque sur ce terrain, et la possibilité légale de formuler la promesse dans le pays visé.