Référence / Cas n° 25 / Alimentaire et végétal

Ecotone : trois ateliers, trois unités d'analyse — une occasion, une catégorie, une marque

Le projet a porté sur la conception et l'animation de plusieurs ateliers d'innovation européens pour Ecotone, couvrant le petit-déjeuner, le végétal en alternative aux produits laitiers et les opportunités d'extension de catégorie de la marque Bonneterre, avec pour objectif d'identifier des territoires de croissance et des opportunités d'innovation futures.

Client
Ecotone
Industrie
Alimentaire & boissons · Alimentation végétale
Expertise
Stratégie de croissance · Stratégie d'innovation · Stratégie de catégorie
Périmètre
Petit-déjeuner · Alternatives végétales aux produits laitiers · Extension de catégorie Bonneterre
Géographie
Europe
Nature de la mission
Conception et animation de plusieurs ateliers d'innovation européens et identification de territoires de croissance
Consultante
Aurélie Plessier
Cas n°
25
RÉALISÉ CHEZ
June Marketing

Contexte

Ecotone : trois ateliers, trois unités d'analyse — une occasion, une catégorie, une marque

Ces trois chantiers ont une caractéristique qui passe souvent inaperçue et qui détermine tout le reste : ils ne portent pas sur le même type d'objet. Le petit-déjeuner est une occasion de consommation. Le végétal est une catégorie de produits. Bonneterre est une marque. Trois unités d'analyse différentes, qui ne révèlent pas les mêmes choses et ne se comparent pas entre elles.

La plupart des programmes d'innovation ne rendent jamais cette distinction explicite, et c'est précisément pourquoi leurs productions se retrouvent impossibles à hiérarchiser ensemble. Ce cas décrit comment on conçoit trois dispositifs différents pour trois questions différentes, tout en gardant la possibilité de les arbitrer au même moment. Les territoires identifiés, les conclusions et les données propriétaires du client ne sont pas communiqués.

Un groupe européen construit autour d'une mission: Ecotone est né en 2020 du changement de nom de Wessanen, avec une mission explicite : nourrir la biodiversité. Son portefeuille public réunit une douzaine de marques nationales et européennes — Allos, Alter Eco, Bjorg, Bonneterre, Clipper, Danival, Destination, El Granero, Isola Bio, Kallø, Whole Earth et Zonnatura — dans sept pays européens, avec un siège installé près de Lyon.

Le groupe a réalisé environ 645 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2020, dont près de 400 millions en France. Bjorg y occupe des positions de premier plan en grande distribution biologique : environ 61,7 % de part de marché sur les boissons végétales biologiques, 50,4 % sur les biscuits biologiques et 47,1 % sur les céréales biologiques.

Un engagement vérifié plutôt que déclaré: Ecotone a été en 2019 la première entreprise alimentaire européenne certifiée B Corp. Lors de sa recertification en 2025, elle a obtenu 123,7 points, le score le plus élevé parmi les grandes entreprises françaises certifiées tous secteurs confondus, et le plus élevé parmi les grandes entreprises agroalimentaires certifiées au niveau mondial. Le groupe déploie par ailleurs le Planet-score sur ses produits depuis 2023.

Ce point a une conséquence directe sur l'innovation. Dans une entreprise dont la mission est auditée, une piste séduisante mais faible sur le plan environnemental n'est pas seulement discutable : elle est incompatible. La contrainte entre dans l'atelier au lieu d'arriver à la fin.

Trois questions qui ne se ressemblent pas: L'enjeu probable était de mener trois explorations distinctes sans les traiter de la même manière, tout en produisant des résultats comparables au moment de l'arbitrage.

Le petit-déjeuner est une occasion. On y raisonne en moments, en gestes, en contraintes de temps et en compositions de table. La question posée est : que se passe-t-il réellement le matin, et qu'est-ce qui n'y est pas servi ?

Le végétal est une catégorie. On y raisonne en substitution, en performance produit, en usages culinaires et en repères de comparaison avec le produit d'origine. La question posée est : que fait ce produit que son équivalent laitier ne fait pas, ou fait moins bien ?

L'extension de catégorie d'une marque est encore autre chose. On y raisonne en légitimité perçue. La question posée est : jusqu'où cette marque peut-elle aller sans que la proposition paraisse forcée ?

Le piège de l'atelier unique: La tentation économique consiste à traiter les trois sujets dans un même dispositif. Elle produit systématiquement le même résultat : des idées formulées à des niveaux différents, impossibles à comparer, et un arbitrage final qui se fait à l'enthousiasme faute de critère commun.

La contrainte européenne: Le groupe opère dans sept pays avec des marques largement nationales. Une opportunité identifiée sur un marché peut être structurellement inopérante sur un autre — les habitudes de petit-déjeuner, en particulier, comptent parmi les plus culturellement ancrées de l'alimentation.

Les ateliers ont été cadrés autour de questions de ce type :

Quand l'engagement est vérifié par un tiers plutôt que déclaré, il cesse d'être un argument de communication pour devenir une contrainte de développement produit.
Illustration du travail stratégique mené pour Ecotone
Le travail relie les réalités du marché, les choix de marque et les décisions à rendre possibles.

Défi stratégique

Les questions qui ont structuré le travail

Que se passe-t-il réellement au petit-déjeuner, selon les pays, les âges et les contraintes de temps ?
Quels moments du matin ne sont servis par aucune offre du portefeuille ?
Sur le végétal, quelle promesse tient au-delà de la substitution : que fait ce produit que son équivalent laitier ne fait pas ?
Quelles performances produit restent des freins réels à l'adoption, et lesquelles sont supposées ?
Jusqu'où Bonneterre peut-elle s'étendre sans que la proposition paraisse forcée ?
Quelles opportunités sont européennes, et lesquelles resteront nationales ?
Quelles pistes sont compatibles avec les exigences environnementales du groupe, et lesquelles ne le sont pas ?
Comment comparer, au moment de l'arbitrage, des pistes issues de trois unités d'analyse différentes ?

Notre approche

De l'analyse à des décisions praticables

01

Nommer l'unité d'analyse

Établir explicitement si l'on travaille sur une occasion, une catégorie ou une marque. Cette décision détermine les participants, les stimuli, les exercices et le format de sortie. Elle est rarement prise consciemment.

02

Concevoir un dispositif par unité

Un atelier d'occasion s'appuie sur l'observation des moments vécus. Un atelier de catégorie s'appuie sur la performance produit et la comparaison. Un atelier d'extension s'appuie sur la perception de légitimité. Trois dispositifs différents, pas trois variantes.

03

Poser un critère d'arbitrage commun en amont

Définir avant les séances la grille qui permettra de comparer des pistes de natures différentes : taille de l'enjeu, faisabilité, compatibilité avec la mission, transposabilité européenne.

04

Faire entrer la contrainte environnementale dans la salle

Traiter l'exigence environnementale comme un paramètre de conception plutôt que comme un filtre appliqué après. Dans une entreprise à mission auditée, une piste incompatible n'est pas discutable, et le savoir tôt fait gagner du temps.

05

Distinguer l'européen du national avant de hiérarchiser

Qualifier chaque piste selon sa transposabilité entre les marchés du groupe. Une opportunité forte mais strictement nationale ne se compare pas à une opportunité moyenne mais européenne.

Recherche et travail mené

Ce que la mission a couvert

  • La dernière question est celle qui doit être traitée en amont. Sans critère commun défini avant les ateliers, les trois productions resteront incomparables, quelle que soit leur qualité individuelle.
  • L'approche appliquée repose sur un principe : on choisit l'unité d'analyse avant de concevoir l'atelier, et on l'annonce.
  • L'incomparabilité des productions: Des idées issues d'une occasion, d'une catégorie et d'une marque ne se formulent pas au même niveau. Sans grille commune définie en amont, l'arbitrage final se fait sur l'enthousiasme des présentateurs.
  • L'ancrage culturel du petit-déjeuner: Les habitudes matinales comptent parmi les plus stables et les plus nationales de l'alimentation. Une innovation évidente dans un pays peut être hors sujet dans un autre, sans que cela traduise un retard de marché.
  • La substitution comme piège du végétal: Raisonner en alternative enferme la catégorie dans une comparaison qu'elle ne gagne pas toujours. Sortir de la logique de substitution pour identifier ce que le produit fait de mieux est difficile et nécessaire.
  • La légitimité comme limite d'extension: Une marque installée sur un territoire précis dispose d'une crédibilité qui ne se transporte pas automatiquement. La contrainte n'est pas industrielle mais perceptive, et elle se découvre plutôt qu'elle ne se décrète.
  • L'exigence environnementale comme filtre: Dans une entreprise à mission auditée, une piste séduisante mais faible sur ce plan n'est pas améliorable en fin de parcours. Elle doit être écartée tôt, ce qui suppose que la contrainte soit présente dès l'idéation.
  • La coordination multi-pays: Faire travailler des équipes de plusieurs marchés suppose des dispositifs qui produisent un matériau comparable malgré des contextes différents. Ce n'est pas un même atelier répété.

Valeur business

Une lecture qui facilite les arbitrages

Illustration des enseignements et arbitrages du cas Ecotone
Une méthode utile transforme les constats en critères que les équipes peuvent réutiliser.

Un arbitrage réellement possible

Une grille commune définie en amont permet de comparer des pistes issues de trois explorations différentes. Sans elle, les trois chantiers produisent des résultats qui coexistent sans jamais se hiérarchiser.

Moins de développements arrêtés tard

Faire entrer la contrainte environnementale dans l'idéation évite d'engager des travaux sur des pistes qui seront écartées plus tard pour des raisons connues dès le départ.

Une allocation européenne plus juste

Distinguer les opportunités transposables des opportunités nationales évite d'industrialiser pour sept pays une réponse pertinente dans un seul.

Une capacité qui reste

Des dispositifs documentés et transmis permettent aux équipes de relancer une exploration sans intervention extérieure, sur d'autres marques et d'autres sujets.

Livrables

Des objets utilisables au-delà de la mission

  • Trois dispositifs d'atelier distincts, conçus selon l'unité d'analyse propre à chaque sujet.
  • Une cartographie des moments du petit-déjeuner et des occasions non servies.
  • Une lecture de la catégorie végétale au-delà de la logique de substitution.
  • Une qualification des frontières de légitimité de la marque Bonneterre.
  • Des territoires de croissance formulés pour chaque chantier.
  • Une grille d'arbitrage commune permettant de comparer des pistes de natures différentes.
  • Une distinction entre opportunités européennes et opportunités strictement nationales.
  • Des formats d'atelier documentés, transmis aux équipes pour être réutilisés.

Enseignements clés

Ce que ce cas rend visible

  • L'unité d'analyse — occasion, catégorie ou marque — est la décision la plus structurante d'un programme d'innovation, et la moins souvent explicitée.
  • Une occasion révèle des moments non servis, une catégorie des performances manquantes, une marque des frontières de légitimité. Les trois ne se comparent pas spontanément.
  • Sans grille d'arbitrage définie avant les ateliers, la sélection finale se fait à l'enthousiasme.
  • Sur le végétal, raisonner en substitution enferme la catégorie dans une comparaison qu'elle ne gagne pas toujours.
  • Le petit-déjeuner est l'une des occasions les plus culturellement ancrées : une évidence nationale y est rarement une évidence européenne.
  • Dans une entreprise à mission auditée, la contrainte environnementale est un paramètre de conception, pas un filtre de fin de parcours.

Pour des organisations comparables

Quand cette approche est utile

Ce cas parlera aux organisations qui présentent au moins l'une des caractéristiques suivantes : Plusieurs chantiers d'innovation menés en parallèle sur des objets de natures différentes. Des productions d'ateliers que personne ne parvient à hiérarchiser ensemble. Un portefeuille de marques largement nationales déployé sur plusieurs pays. Une catégorie définie par rapport à un produit d'origine, avec le risque d'une comparaison permanente. Une marque installée sur un territoire précis et tentée par l'extension. Un engagement environnemental vérifié par un tiers, qui contraint réellement le développement produit. Ces situations se retrouvent dans l'alimentaire, les boissons, l'hygiène-beauté, l'entretien et la distribution — partout où plusieurs explorations coexistent et doivent finir par être arbitrées ensemble.

FAQ

Questions fréquentes

Comment choisir l'unité d'analyse d'un atelier d'innovation ?

En la nommant explicitement avant de concevoir le dispositif. Trois unités principales existent. L'occasion part des moments vécus et révèle ce qui n'est pas servi. La catégorie part de la performance produit et révèle ce qui manque en usage. La marque part de la légitimité perçue et révèle jusqu'où l'on peut aller. Chacune appelle des participants, des stimuli, des exercices et des formats de sortie différents. Cette décision est la plus structurante d'un programme d'innovation, et c'est aussi celle que l'on prend le plus souvent sans s'en apercevoir.

Quelle différence entre une occasion, une catégorie et une marque comme point de départ ?

Elles ne révèlent pas les mêmes choses. Travailler sur une occasion comme le petit-déjeuner fait apparaître des moments non servis, des contraintes de temps et des gestes. Travailler sur une catégorie comme le végétal fait apparaître des écarts de performance et des freins d'usage. Travailler sur une marque fait apparaître des frontières de légitimité perçue. Les trois produisent des idées formulées à des niveaux différents, qui ne se comparent pas spontanément : d'où la nécessité d'une grille d'arbitrage définie avant les séances.

Comment identifier des territoires de croissance ?

En croisant ce qui est possible et ce qui est légitime. Un territoire de croissance n'est ni une idée produit ni un segment de marché : c'est un espace où une demande identifiable rencontre une offre absente ou insuffisante, et que la marque peut crédiblement occuper. La validation suppose trois vérifications successives : la réalité du besoin, la crédibilité de la marque sur ce terrain, et la faisabilité industrielle et réglementaire. Un espace vide que la marque ne peut pas occuper n'est pas un territoire pour elle.

Comment innover sur le petit-déjeuner ?

En partant de l'observation plutôt que des produits. Le petit-déjeuner est l'une des occasions les plus culturellement ancrées de l'alimentation : les compositions, les horaires, les gestes et le degré de préparation varient fortement d'un pays à l'autre et d'une génération à l'autre. Une innovation qui paraît évidente sur un marché peut être structurellement hors sujet sur un autre, sans que cela traduise un retard. La méthode consiste à cartographier les moments réels du matin, puis à identifier ceux qu'aucune offre ne sert.

Comment étendre une marque vers de nouvelles catégories ?

En testant la légitimité perçue avant la faisabilité industrielle. La limite d'une extension n'est presque jamais technique : c'est ce que le public accepte de voir la marque faire. Une marque installée sur un territoire précis dispose d'une crédibilité qui ne se transporte pas automatiquement ailleurs. Le test pratique consiste à formuler l'extension à voix haute et à observer si elle appelle spontanément une justification. Si c'est le cas, l'espace existe peut-être, mais il appartient probablement à une autre marque.

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